Le Programme National de Synergies Inter-entreprises (PNSI) est un dispositif d’écologie industrielle et territoriale. Il réunissait les entreprises d’un même territoire en ateliers pour identifier ce que l’une rejette et qu’une autre peut utiliser, ainsi que ce qu’elles peuvent partager. Ce programme de deux ans, lancé dans quatre régions pilotes, transposait en France une méthode britannique déjà éprouvée. Son efficacité se mesure moins au nombre d’idées produites en atelier qu’au nombre d’opportunités qui passent ensuite l’étape de faisabilité.
Dans le même guide : Synergies inter-entreprises : guide, méthode et territoires · Synergies inter-entreprises en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes · Cci des landes
Principe du programme national de synergies inter-entreprises
Le PNSI applique l’écologie industrielle et territoriale (EIT), l’un des piliers opérationnels de l’économie circulaire. Le terme « industrielle » couvre ici toutes les activités d’un territoire : industrie, agriculture, commerce et transport. Le principe consiste à faire de la coopération entre acteurs d’un territoire un levier économique, en valorisant localement des flux aujourd’hui perdus ou achetés au loin.
Le dispositif reposait sur plusieurs partenaires :
- le pilotage par l’Institut de l’économie circulaire ;
- le soutien financier et technique de l’ADEME, des quatre régions et du ministère chargé de l’écologie ;
- l’appui de l’association Les Acteurs de l’Écologie Industrielle ;
- la méthode et la formation d’International Synergies Ltd.
Sur le plan juridique, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte promeut l’EIT dans son article 70. La loi AGEC confie aux régions la définition d’orientations en la matière. Pour approfondir les fondamentaux, consultez le guide de méthode sur les synergies inter-entreprises.
Les échanges visés : matières, énergie, déchets, logistique et services
Une synergie inter-entreprises relève toujours de l’une de deux logiques : échanger un flux ou partager un moyen.
Synergies de substitution
La synergie de substitution fait d’un flux sortant d’une entreprise un intrant pour une autre. Les cas les plus fréquents sont la récupération de chaleur fatale et la vapeur excédentaire, la réutilisation d’eaux industrielles, ainsi que la valorisation des déchets et des coproduits (drêches, chutes métalliques, emballages, effluents). Sur les sites agroalimentaires que j’ai connus, le coproduit humide constitue le cas typique : il a de la valeur à 10 km, mais devient une charge à 80 km.
Synergies de mutualisation
La synergie de mutualisation consiste à partager des moyens et des services : achats groupés, logistique commune, gestion collective des déchets, gardiennage, restauration ou emplois à temps partagé. Elle peut aussi porter sur des équipements comme une chaufferie, une station d’épuration ou un réseau de chaleur.
| Critère | Substitution | Mutualisation |
|---|---|---|
| Objet | Flux de matière ou d’énergie | Moyens, services, équipements |
| Enjeu clé | Qualité et régularité du flux | Gouvernance du partage |
| Point réglementaire | Statut de déchet | Contrats, responsabilités |
La méthode : des ateliers territoriaux animés par des praticiens formés
La méthode d’International Synergies, déployée dans de nombreux pays avant son adaptation française, suit une séquence précise :
- Mobilisation : les praticiens recrutent des entreprises de secteurs variés, puisque la diversité des métiers conditionne le nombre d’appariements possibles.
- Atelier de rencontres inter-entreprises : chaque participant déclare ses ressources disponibles et ses besoins (matières, énergie, compétences, logistique) sur des fiches normalisées.
- Identification : l’animation croise les fiches en séance et fait émerger des paires « offre et besoin ».
- Rapport : chaque opportunité est qualifiée par des volumes, une distance et les interlocuteurs concernés.
- Accompagnement : un praticien relance les entreprises et documente l’avancement de chaque piste.
Avant les premiers ateliers, les praticiens régionaux recevaient de la part d’International Synergies une formation d’une semaine, organisée à Bordeaux puis à Rouen. Cette formation couvrait la mobilisation, la conduite d’atelier, la rédaction des rapports et le suivi des opportunités, en combinant théorie de la mise en réseau et exercices pratiques. Ce profil correspond aujourd’hui à celui de l’animateur de démarche d’EIT. Sur les chantiers que j’accompagne, la compétence décisive de ce métier tient moins à la technique qu’à l’art de faire déclarer un flux qu’une entreprise considère comme confidentiel. La logique de ces rencontres d’affaires entre entreprises reste transposable hors programme.
Les quatre régions pilotes et leurs pages dédiées
Le programme a démarré dans les régions Aquitaine, Bretagne, Haute-Normandie et Rhône-Alpes, dans leur découpage antérieur à la réforme territoriale. Depuis, l’Aquitaine relève de la Nouvelle-Aquitaine, la Haute-Normandie de la Normandie et Rhône-Alpes d’Auvergne-Rhône-Alpes, tandis que la Bretagne a conservé son périmètre. Les démarches locales se raisonnent donc désormais à l’échelle de ces grandes régions ou, plus finement, à l’échelle d’une zone d’activité économique.
Chaque région pilote dispose d’une page dédiée. Celle consacrée aux synergies en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes couvre l’ensemble du territoire néo-aquitain.
Le format a essaimé : le Programme Territorial de Synergie Inter-entreprises (PTSI) de Cap Excellence, en Guadeloupe, a réuni 17 entreprises lors d’un atelier construit sur le même modèle. À l’échelle nationale, le réseau Synapse fédère les acteurs de l’EIT, et les CCI du réseau CCI France animent souvent ces démarches.
De l’opportunité repérée à la synergie opérationnelle : faisabilité et suivi
L’ADEME recommande une étude de faisabilité d’une synergie dans la plupart des cas. Cette étude doit examiner quatre familles de facteurs :
- Facteurs techniques : composition, régularité et stockage du flux.
- Facteurs économiques : coût évité, transport, investissement et partage de la valeur.
- Facteurs réglementaires : un résidu cédé reste juridiquement un déchet, avec les obligations de traçabilité correspondantes, tant qu’il n’est pas qualifié de sous-produit ou qu’il n’a pas obtenu la sortie du statut de déchet. Dans ce dernier cas, la première personne qui l’utilise ou le met sur le marché doit vérifier sa conformité aux règles applicables aux substances et aux produits (article L. 541-4-3 du code de l’environnement). Lorsqu’une filière REP couvre déjà le flux concerné, il faut vérifier son articulation avec l’éco-organisme.
- Facteurs organisationnels : convention écrite, interlocuteur désigné et clause de sortie.
La pérennité d’une synergie repose sur la confiance entre les entreprises et sur un animateur qui suit des indicateurs simples (tonnes détournées, euros économisés). Un projet commun qui fonctionne attire ensuite de nouveaux participants.
FAQ
Qu’est-ce qu’une synergie inter-entreprises en écologie industrielle et territoriale ?
Il s’agit d’une action menée par plusieurs entreprises pour mieux utiliser les ressources d’un territoire. Elle peut prendre deux formes. La substitution consiste à faire d’un déchet, d’un coproduit, de la chaleur ou de l’eau d’une entreprise une ressource pour une autre. La mutualisation consiste à partager des achats, une logistique, des équipements ou des services comme la gestion collective des déchets.
Quel est l’intérêt d’une démarche de synergies inter-entreprises pour une entreprise ?
Une telle démarche permet de réduire les coûts d’approvisionnement, de collecte et de traitement des déchets, et de générer des revenus par la vente de sous-produits. Elle permet aussi des économies d’échelle grâce à la mutualisation. Elle conduit également l’entreprise à examiner ses propres flux, ce qui fait souvent apparaître des gisements d’économie en interne, avant même qu’un partenaire extérieur soit trouvé.
