Une synergie inter-entreprises est un échange de flux de matières et d’énergie, ou une mise en commun de services et d’équipements, entre entreprises d’un même bassin. En Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, aujourd’hui réunis en Nouvelle-Aquitaine, ces démarches passent souvent par les CCI territoriales. Elles animent les ateliers de détection, orientent vers les dispositifs régionaux et relaient les aides de l’ADEME. Le travail se joue sur la méthode : recenser les ressources, croiser les besoins, puis convertir des synergies potentielles en échanges réels.
Dans le même guide : Synergies inter-entreprises : guide, méthode et territoires · Rencontres d’affaires inter-entreprises : repérer de nouvelles opportunités de synergies · Programme National de Synergies Inter-Entreprises (PNSI) : principe, méthode et territoires
Ce que recouvre une synergie inter-entreprises
Une synergie est une coopération entre acteurs économiques voisins. Elle réduit leur consommation de ressources ou valorise ce qu’ils rejettent. C’est l’unité de base de l’écologie industrielle et territoriale (EIT), composante territorialisée de l’économie circulaire. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte définit l’EIT à partir d’une quantification des flux (matières, énergie, eau), optimisés à l’échelle d’un territoire par la coopération, la mutualisation et la substitution. Le tri des déchets ne constitue pas une synergie : c’est une obligation individuelle. Une synergie suppose au moins deux partenaires et un flux qui change de destination. Le guide des synergies inter-entreprises détaille ces notions par territoire.
Synergies de substitution et synergies de mutualisation
Les deux familles se distinguent par ce qui circule entre les entreprises.
| Critère | Substitution | Mutualisation |
|---|---|---|
| Principe | Le résidu de l’une remplace un intrant de l’autre | Partage d’un achat, d’un service ou d’un équipement |
| Exemples | Chaleur, vapeur, eaux industrielles, emballages, coproduits | Achats groupés, collecte commune, chaufferie, STEP, emplois partagés |
| Point dur | Régularité du flux, statut juridique | Gouvernance, clé de répartition des coûts |
Sur les zones que j’accompagne, la mutualisation des ressources démarre plus vite. La substitution exige des analyses de matière et un ajustement fin entre volumes produits et consommés.
Le rôle des CCI en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes
La CCI Nouvelle-Aquitaine coordonne le réseau régional. Les CCI territoriales restent l’interlocuteur de proximité des entreprises. Elle a conventionné avec la Région Nouvelle-Aquitaine sur la transition écologique et énergétique, la performance industrielle et un territoire tendant vers le zéro déchet à l’horizon 2030. L’ADEME finance ou cofinance une partie des prestations.
En Gironde, le premier atelier du Programme National de Synergies Inter-entreprises s’est tenu à Saint-André-de-Cubzac. Il était porté par l’Institut de l’économie circulaire, avec l’appui de la CCI de Libourne et du SMICVAL, syndicat de collecte et de valorisation du Libournais Haute-Gironde. La CCI de Libourne a depuis fusionné dans la CCI Bordeaux Gironde, désormais point d’entrée du département.
Pour le Limousin et le Poitou-Charentes, adressez-vous au conseiller développement durable de la CCI territoriale de votre département. Il sait si une démarche d’EIT est active sur votre zone d’activités.
Le déroulement d’un atelier de détection de synergies
Un atelier de détection suit une séquence stable :
- Constituer le panel : des entreprises d’un même bassin, de secteurs variés. La diversité multiplie les combinaisons.
- Recenser ressources et besoins : chaque participant décrit ce qui sort de son site (rebuts, chaleur, palettes, capacités inutilisées) et ce qu’il achète, avec nature, volume et fréquence.
- Croiser les fiches : l’animateur fait circuler les participants entre les tables. Chaque correspondance devient une synergie potentielle. L’atelier girondin a ainsi réuni une quarantaine d’entreprises et fait émerger 536 synergies potentielles.
- Suivre : qualifier, prioriser et relancer les binômes.
Une synergie potentielle n’est qu’une information partagée du type « tel rejet pourrait servir à tel voisin ». Elle ne naît que de l’échange entre entreprises, d’où l’intérêt du format collectif. Pour devenir réelle, elle doit franchir quatre filtres : un intérêt économique pour chaque partie, une adéquation des quantités, une faisabilité réglementaire et une relation durable. Sur mes chantiers, le transport annule souvent le gain espéré. Calculez donc le coût logistique avant tout essai.
Les dispositifs complémentaires : déchets, éco-conception et RSE
Le statut juridique conditionne tout échange de matière. Une substance dont le détenteur se défait est un déchet. Son producteur reste responsable de sa gestion jusqu’au traitement final, traçabilité comprise. Deux voies permettent de la faire circuler comme un produit. La première est la qualification de sous-produit, pour un résidu dont l’usage est certain et qui ne demande aucun traitement hors pratiques industrielles courantes. La seconde est la sortie du statut de déchet. Depuis la loi AGEC, tout producteur ou détenteur peut la demander, et non plus seulement un exploitant d’ICPE. Elle repose sur des critères ministériels, une attestation de conformité et, le cas échéant, un contrôle par un tiers.
Le tri 9 flux reste une obligation de gestion des déchets, distincte de la synergie. Il concerne le papier-carton, le métal, le plastique, le verre, le bois, les fractions minérales, le plâtre, les textiles et les biodéchets. Il conditionne pourtant la qualité des matières échangeables.
La CCI des Landes pilote le centre d’expertise régional en éco-conception, relais du Pôle Éco-conception aux côtés de SOLTENA. Son accompagnement suit le cahier des charges ADEME et peut être subventionné. Un diagnostic RSE préalable est conseillé.
Rejoindre une démarche d’écologie industrielle sur son territoire
Avant de solliciter votre CCI, rassemblez des données exploitables :
- les tonnages par flux sur douze mois et les contrats de collecte ;
- les factures d’énergie et les rejets thermiques connus ;
- les équipements ou surfaces sous-utilisés ;
- un référent interne chargé de suivre les mises en relation.
Demandez ensuite au conseiller de votre CCI territoriale si un atelier ou une démarche collective est prévu sur votre zone. Associez le syndicat de collecte local, qui connaît les exutoires existants. Les rencontres d’affaires inter-entreprises offrent aussi un premier terrain de détection. Un référentiel national d’évaluation des démarches d’EIT, soutenu par le ministère, permet ensuite d’auto-évaluer l’avancement d’une démarche collective.
FAQ
Qu’est-ce qu’une synergie inter-entreprises ?
C’est une coopération entre entreprises d’un même territoire. Soit le résidu de l’une (chaleur, eau, coproduit, emballage) remplace un intrant de l’autre : on parle de substitution. Soit elles partagent un achat, un service ou un équipement : on parle de mutualisation. Elle relève de l’écologie industrielle et territoriale et vise la réduction des coûts comme celle des impacts.
Comment participer à un atelier de synergies inter-entreprises avec sa CCI ?
Contactez le conseiller développement durable de votre CCI territoriale et demandez si un atelier est programmé sur votre bassin. Préparez la liste de vos flux sortants et entrants, avec volumes et fréquences. Désignez ensuite une personne pour assurer le suivi des pistes identifiées.
